4.1.1 Méthodes d'enquêtes en SHS
Dans cette partie, et de manière très synthétique, nous tentons de résumer les grands principes des méthodes d'enquêtes en SHS, lors d'observations directes sur le terrain.
→ Préparer son terrain : un ensemble de choix méthodologiques
En amont du terrain un certain nombre de choix méthodologiques sont à opérer : choix de la forme du guide d'entretien (l'entretien semi-dirigé avec un guide d'entretien « pense-bête », laisse plus de place à la discussion libre que le questionnaire mais requiert une certaine rigueur du sociologue, qui devra éviter les hors-sujets et recadrer, si nécessaire, la conversation) ; choix pour se présenter et pour présenter l'étude; le choix de la manière dont on arrive sur le terrain; le derniers des choix à opérer est le degré d'implication dans l'observation que nous choisirons
Choix du discours de présentation | Le mot pollution n'est jamais abordé directement pour ne pas biaiser le discours des jardiniers. On parlera plutôt « d'environnement urbain » du jardin, ou de « qualité du sol ». |
Manière d'arriver sur le terrain | Nous avions choisi des visites spontanées dans les jardins, sans passer par le bureau de l'association que nous avions seulement prévenu de nos venues, car nous voulions rencontrer tous les jardiniers et non pas seulement ceux proches du bureau. Il faudra prendre connaissance du terrain en amont pour et comprendre rapidement les modalités d'accueil, les jeux d'acteurs en place, les conflits éventuels, pour bien préparer sa venue. |
Degré d'implication dans l'observation à prévoir en amont | Certains sociologues peuvent aller jusqu'à jardiner eux-mêmes sur des parcelles ; quant à nous, nous avons fait le choix de passer des journées entières sur le jardin, entre enquêtes formelles et enregistrées, et moments informels (repas communs, pauses à l'ombre sur la parcelle, etc.) pour avoir accès à une parole plus libre et spontanée. |
→ Recueil de données sur le terrain : une posture de chercheur à respecter
Concernant la méthodologie même de l'entretien, nous proposons une bibliographie à la fin de cette partie. Un certain nombre de techniques de relance, de questions détournées, etc. existent lors des échanges avec les enquêtés. N'oublions pas qu'eux aussi ont une posture à respecter face à nous, et que lors des premiers échanges ils peuvent être en représentation, avec un discours préparé, ce qui est une information en soi, mais ce qui nécessite aussi un travail de recadrage pour revenir sur le sujet d'étude. Les temps informels sont primordiaux lors de l'observation directe, et la prise de notes doit se faire in situ. Une fois le discours de présentation fait, l'enregistrement audio, fortement recommandé en SHS, doit commencer. Pour cela il faut impérativement demander leur accord aux enquêtés, en leur expliquant bien, si c'est le cas, le respect de l'anonymat (cet anonymat devra être strictement respecté dans les valorisations scientifiques futures). Un refus est possible, dans ce cas-là un système de notes sera préféré. La méthodologie de l'enquête de terrain portera principalement sur la conduite du travail de terrain ; la relation enquêteur/trice et enquêté(e)s (cet aspect étant primordial, et selon les terrains assez problématique, par exemple les différences d'âges, de sexes, peuvent être des obstacles qu'il faut apprendre à dépasser) ; l'engagement et la bonne distance à établir par rapport au terrain ; les enjeux déontologiques (respect de l'anonymat, limites des questions posées, responsabilité juridique...)
→ L'après-terrain :
La prise de notes « à chaud » juste après le terrain est vivement conseillée, par exemple le soir-même. Puis, un compte-rendu devra être fait assez rapidement, à l'aide de l'enregistrement audio en simple écoute. Enfin, dans un troisième temps, une retranscription intégrale de l'enregistrement sera faite. Concernant la retranscription et l'analyse qualitative des entretiens, il existe des outils tels que Sonal (logiciel gratuit d'analyse qualitative). Nous ne rentrerons pas ici dans le détail de l'analyse qualitative car chaque chercheur a une technique qui lui est propre, mais n'oublions pas non plus qu'au-delà d'un certain nombre d'entretiens les données peuvent rapidement s'entasser jusqu'à devenir impossible à analyser. Pensez donc bien à votre méthodologie d'analyse en amont du terrain. Enfin, et nous insisterons particulièrement sur ce point, l'enquête de terrain est un travail partagé, permis par l'accessibilité des enquêté(e)s, il est donc nécessaire de prévoir un temps de restitution de votre travail. Ils seront, de toute façon, demandeurs de cela dès le moment de l'entretien. Ce temps-là peut être collectif, organisé en partenariat avec un gestionnaire local, mais demande du temps et de l'organisation. Trop souvent, nous rencontrons des enquêté(e)s qui avaient déjà participé à des enquêtes, trop déçus de n'avoir jamais eu de retours.
Présentation des résultats aux enquêtés | Des chercheurs travaillant sur une parcelle de jardin collectif ont proposé aux jardiniers, lors d'une journée portes ouvertes, de venir faire analyser leur sol, tout en leur expliquant le fonctionnement de leurs outils. Il s'agit ici d'un exemple riche et innovant d'échanges de données : chacun apporte à l'autre son expertise et son savoir. |
Le journal de terrain | Dès le premier jour de terrain vous y noterez, à chaud, toutes vos observations, mais également des citations obtenues lors de discussions informelles. |
Le dictaphone | Ne pas oublier : demande d'autorisation aux enquêtés et respect de l'anonymat |
Le logiciel de retranscription et d'analyse qualitative | Sonal en est le meilleur exemple pour les SHS |
L'appareil-photo | Très importantes, les photos permettront d'illustrer certains aspects de vos recherches à tous ceux qui ne connaissent pas le terrain (concernant les photos sur lesquelles se trouvent des personnes, n'oubliez pas le droit à l'image et donc de flouter les images a posteriori). |
La feuille et le stylo | Laissés à disposition de l'enquêté, ils permettront de l'aider à illustrer ses propos à l'aide de schéma, cartes mentales, schémas, etc. (vous pourrez également prévoir une réalisation demandée à tous les enquêtés pour pouvoir les comparer). |
L'image animée | L'image animée (vidéo, documentaire, entretiens filmés, etc.) est très utilisée par les sociologues, et requiert une formation spécifique. Nous ne rentrerons pas ici dans les détails de l'utilisation de la vidéo par les SHS mais sachez tout de même que c'est un outil qui existe et qui est très enrichissant. |
A vos idées... | Chaque chercheur pourra réfléchir à de nouveaux outils selon son terrain d'étude. Par exemple, il pourra créer des affiches placardées sur le site étudié pour présenter son étude aux futurs enquêtés quelques temps avant sa venue. |
« Le travail de terrain sera envisagé ici comme l'observation des gens in situ : il s'agit de les rencontrer là où ils se trouvent, de rester en leur compagnie en jouant un rôle qui, acceptable pour eux, permette d'observer de près certains de leurs comportements et d'en donner une description qui soit utile pour les sciences sociales tout en ne faisant pas de tort à ceux que l'on observe. Même dans le cas le plus favorable, il n'est pas facile de trouver la démarche appropriée ».
HUGHES, E.C. 1996. "La place du travail de terrain dans les sciences sociales.", in Le regard sociologique, Paris: EHESS, p.267
Complément
Arborio Anne-Marie et Fournier Pierre, 1999, L'enquête et ses méthodes : l'observation directe, Paris, Nathan – 128.
Bizeul D, 1998, “Le récit des conditions d'enquête : exploiter l'information en connaissance de cause,”. Revue française de sociologie, vol. 39, n° 4.
Beaud, Stéphane, & Weber, Florence 1998. Guide de l'enquête de terrain. Paris: La Découverte.




