Définir les modalités de gestion de la pollution des sols

3.1.3 Cas de sols affectés à des plantes à usage alimentaire

Lorsque la qualité agronomique des sols doit être préservée pour que des plantes s'y développent, en particulier des plantes à usage alimentaire, la dépollution par phytoremédiation est, en théorie, une méthode particulièrement adaptée.

En pratique, cependant, la durée de dépollution est souvent rédhibitoire pour que cette méthode soit employée.

Deux stratégies de gestion peuvent alors être appliquées pour que cette méthode soit choisie :

- Associer une plante « dépolluante » à une plante à usage alimentaire, de façon à dépolluer le sol et en même temps réduire le prélèvement du contaminant par la plante alimentaire (par effet de concurrence entre les deux plantes pour le contaminant). La figure 030 et le tableau 012 donnent l'exemple de l'association du maïs et de Sedum alfredii (hyperaccumulateur de Cd) ;

Photo d'un plant de maïs
Figure 030 : Association du maïs et de Sedum Alfredii.
Tableau 012 : Teneurs en Cd dans le maïs cultivé en monoculture (« seul ») ou en co-culture (Wu et al. 2008)

Modalité

Maïs seul

Maïs en co-culture

Concentration du Cd dans le maïs (mg kg-1)

0.32

Non conforme

0.20

Conforme

l

Dans cet exemple, S. alfredii concurrence le maïs pour le prélèvement du cadmium et du zinc, d'où une réduction des teneurs dans le maïs et la possibilité de le commercialiser. En outre, S. alfredii étant une petite plante, il ne gêne pas la récolte du maïs.

- Associer une plante « dépolluante » à une plante à usage alimentaire « exclusive », c'est-à-dire n'accumulant pas le(s) contaminant(s) présent(s) dans le sol. La Figure 031 donne l'exemple du couple tomate-Brassica juncea (problématique de contamination au Pb). Les teneurs en plomb dans les tomates (fruit) sont inférieures au seuil réglementaire pour leur commercialisation (0,1 mg/kg de matière fraîche) alors que les teneurs en Pb du sol varient entre 125 et 250 mg/kg de sol sec. Ces deux plantes peuvent être cultivées en association ou en rotation (tomate en saison d'avril à août ; moutarde brune en contre-saison de septembre à mars)

Photo d'un jardin urbain avec des plants de Tomates et de Moutarde brune.
Figure 031 : Association vs. rotation de la tomate et de Brassica juncea (teneur en Pb du sol : 170 mg/kg MS) (Bouquet et al. Non publié).
Histogramme des teneurs en Plomb dans les tomates dont le seuil CEE n°1881/2006.
Figure 032 : Teneurs en Pb des tomates (en mg/kg MF) cultivés sur un sol contenant en moyenne 170 mg Pb/kg MS. (Bouquet et al. Non publié).

NB : Ces deux exemples ne peuvent être généralisés. En fonction des caractéristiques du sol (texture, % matière organique, pH, etc), de l'origine de la contamination (géogène vs. humaine) et des plantes (plantes dépolluantes ou à usage alimentaire), la mobilité des métaux du sol peut changer et modifier sensiblement les teneurs en métaux prélevées par les plantes, qu'elles soient utilisées à des fins de dépollution ou à usage alimentaire. Des analyses systématiques, avant toute consommation des productions, sont indispensables.

3.1.2 La phytoremédiation appliquée à la gestion de sols pollués urbains3.2 Réhabilitation des sols et développement durable : le cas de la réutilisation des terres pollués et des terres végétales
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