1.4 Pourquoi s'occuper des mers et littoraux ?
On pourrait se laisser gagner par la force de cette prédation spatiale, vaincu par tant d'appétit et conclure par un « à quoi bon » le projet de concilier aménagement désirable et environnement.
Mais la réalité nous oblige à radicalement abandonner cette option défaitiste. En effet, la vitalité de ces écosystèmes est stratégique pour l'avenir de l'humanité. La biodiversité marine a des interactions bénéfiques sur la régulation du climat avec la production de 50% de l'oxygène mondial, 15% des ressources protéiques, le stockage de 5 fois plus de carbone que dans les forêts, un gisement inépuisable d'énergies renouvelables, des pistes pour développer de nouveaux médicaments, de minerais rares....
Au niveau mondial, la concentration du CO2 dans l'atmosphère pourrait être jusqu'à 50 % plus élevée en l'absence de processus biologiques dans l'océan. Et encore, 10% seulement des fonds marins sont couverts par les échosondeurs, ce qui fait que la Lune est mieux connue que le fond des mers. Cette difficulté d'observation et de connaissance font que l'on connaît 8 fois moins bien les espèces marines, 90% seraient encore inconnues. Rappelons que selon l'étude de Constanza (et al., 1997) 63 % des services écosystémiques sont apportés par les écosystèmes marins (20.9 md US $/an).
Les milieux naturels marins côtiers présentent d'ailleurs le plus fort rapport entre les coûts et les bénéfices d'être « réparés » (et donc les plus grands inconvénients, si la réparation n'est pas réalisée). C'est ce que rappelle l'analyse du TEEB (2009) qui montre qu'il est 20 fois plus bénéfique économiquement de réparer les écosystèmes côtiers que les différentes grandes catégories d'écosystèmes terrestres : forestiers (tempérés, tropicaux), prairies, zones humides, lacs et rivières (Figure 5). On conçoit aisément les enjeux à l'échelle d'une station balnéaire, entre retour sur investissement économique à court termes et bénéfices environnementaux à long termes.

Cette figure (Figure 5) permet clairement de comprendre la priorité pour l'homme de tenir compte de ses impacts sur l'environnement naturel marin côtier, pour les éviter, les réduire ou les compenser. C'est ce que propose également l'objectif de développement durable 14 des Nations Unies (ODD)[2] qui vise à «conserver et utiliser de manière durable les océans, les mers et les ressources marines pour le développement durable».
Pourtant, selon l'UNESCO[3], si l'on suit la tendance actuelle de surexploitation des ressources halieutiques, d'acidification par l'excès de CO2 atmosphérique et de pollution des mers, 50% des espèces marines seraient menacées d'extinction d'ici à 2100. Avant de détailler le cadre relatif à l'évaluation environnementale pour le milieu marin aboutissant, dans certains, cas à la compensation des impacts anthropiques, il est important de garder en mémoire cette question : peut-on réparer les fonds marins ?